Ophélie

O vieux poète, mille ans se sont écoulés,
Et la brise caresse ton pâle visage
En ce matin d’avril, en ses longs voiles couchée
Tu viens la voir danser sur ce sombre rivage.

Le lent frémissement des vagues éveille en toi
Le souvenir d’une aube calme et éternelle
Qui accueillit en son sein la blanche Ophélia,
Figea sa proie d’un dernier battement d’aile.

Projetant ses rayons timides et fragiles,
L’astre tire les contours d’une ombre fuyante
Arrangeant sur son front d’un mouvement agile
Et délicat sa chevelure étincelante.

Les eaux bercent mollement son reflet hautain
Défiant les profondeurs d’un abîme d’espoir.
Son regard brise les cieux d’un air mutin,
Avance lestement sur le long fleuve noir.

« Ah belle enfant, fraiche comme le lys que tu cueillis »,
Le vent porte au loin l’écho soudain de ta voix
Quand se dresse fier hors des roseaux assoupis
Le corps immaculé de la pâle Ophélia.

Voici plus de mille ans qu’elle hante les rives
Vaisseau abandonné aux lames du temps,
Voici plus de mille ans que la nuit passive
Rejette ses plaintes au soleil arrogant.

Que vois-tu caché sous ce voile d’infortune
Pour qu’une larme scelle tes lèvres pétrifiées,
Pour que jamais plus tu n’embrasses la lune
De tes rêves absurdes et de tes folles pensées.

Déjà ton cœur s’enivre de mélancolie
Et palpite au rythme lancinant des ondes,
Déjà ton âme cède aux appels de la nuit,
S’entaille sur les reflets des eaux profondes.

Un vieux fou raconte aux étoiles indiscrètes
Que de la belle au lys le poète s’éprit
Et que son âme à la candeur imparfaite
Lança aux cieux son dernier vœu : Ophélie.

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